La santé est probablement l’un des rares secteurs qui concerne chacun d’entre nous. Nous avons tous démarré notre existence entre les mains d’acteurs de santé dans une maternité, et il y a de fortes chances qu’elle se termine dans un établissement sanitaire ou médico-social. Le secteur de la santé occupe ainsi une place singulière dans notre société car il touche à l’intime. Il mobilise le débat public et politique étant l’une des premières préoccupations des Français, et à juste titre.
« La santé n’a pas de prix ! » C’est vrai, mais derrière ce consensus se cache une réalité plus complexe. La santé n’a pas de prix, mais elle a un coût. Ce coût est en croissance constante depuis de nombreuses années si bien que notre système peine de plus en plus à l’absorber. Il représente aujourd’hui 11,5 % du PIB, ce qui nous place parmi les niveaux les plus élevés des pays de l’OCDE dont la moyenne est de 9,3%.
Et il ne faut pas s’attendre à une diminution du besoin ou à une amélioration du contexte. Le vieillissement de la population (d’ici 2030, un Français sur trois aura plus de 60 ans), l’augmentation des maladies chroniques, les progrès technologiques souvent coûteux, les conséquences de la Covid‑19 et le risque de nouvelles pandémies, les attentes légitimes des patients, les exigences réglementaires croissantes et les tensions sur les ressources humaines, tous ces facteurs exercent une pression continue, accentuée ces dernières années, sur un système de santé déjà largement fragilisé. Les questions de l’accès aux soins, de la permanence et même de la continuité des soins se posent de plus en plus, particulièrement en milieu rural.
D’un côté, les besoins augmentent. De l’autre, les contraintes économiques et réglementaires se renforcent. Au milieu, la nécessité d’opérer une transformation profonde de notre système de santé qui demande du courage politique, de la constance et du temps. Je crois malheureusement qu’il nous manque les trois.
Aucun segment (quel que soit l’axe choisi : privé / public ou lucratif / non lucratif ou sanitaire / médico-social) n’échappe aujourd’hui aux difficultés.
L’hôpital public poursuit avec inertie ses transformations dans un environnement budgétaire contraint, avec des enjeux majeurs d’organisation, d’attractivité et de gouvernance partagée entre les professionnels de la gestion et le corps médical. Malgré les réformes successives, les déficits hospitaliers restent élevés et les fermetures ponctuelles de lits faute de personnels sont devenues un sujet récurrent.
Le secteur privé non lucratif, constitué d’acteurs souvent historiquement très ancrés territorialement, doit composer avec des structures souvent de dimension trop modeste pour bénéficier de l’avantage procuré par la taille critique, ainsi qu’avec bien souvent des exigences de professionnalisation croissantes, notamment au sein des organes bénévoles de gouvernance.
Quant au secteur privé lucratif, pourtant engagé depuis plusieurs années dans d’importants mouvements de consolidation et de recherche d’efficience, les fortes pressions médico-économiques auxquelles tous les acteurs du secteur sont confrontés pèsent durablement sur les niveaux d’EBITDAR. Le travail permanent sur l’efficience et l’adaptation des organisations génère des tensions managériales et alimente un turnover parfois difficile à maîtriser, tant parmi les personnels soignants que dans les fonctions d’encadrement. L’actualité récente quant aux évolutions capitalistiques en cours au sein de certains grands opérateurs nationaux du secteur, traduit les interrogations, pour ne pas dire les doutes, des acteurs privés lucratifs sur les perspectives économiques de ce secteur en France, entre visibilité réglementaire limitée, rentabilité faible, voire nulle ou négative et baisse d’attractivité des métiers du soin.
Sur le volet RH précisément, le Ségur de la santé, engagé à partir de 2020 dans l’objectif légitime de revaloriser les métiers du soin et de détendre le climat social après la crise sanitaire de la Covid, a constitué une réponse de l’exécutif très attendue. Les revalorisations salariales accordées à près de 1,5 million de professionnels étaient devenues nécessaires. Si cette mesure a été saluée sur le plan social, elle a également accentué les tensions économiques de nombreux établissements, notamment lorsque les compensations financières perçues ont été jugées insuffisantes ou imparfaitement adaptées à la réalité des surcoûts supportés. Pour certains acteurs, notamment dans le secteur privé, cette équation reste encore aujourd’hui difficile à absorber.
Toujours sur le volet RH, médecins, infirmiers, aides-soignants, manipulateurs radio, personnels administratifs spécialisés, directeurs d’établissement ou managers intermédiaires, … de nombreuses fonctions sont en tension, et depuis un certain temps déjà. Les établissements peinent en effet à pourvoir leurs postes, ce qui accroit la charge de travail des personnes en fonction et induit absentéisme et tensions internes. Le recours à des professionnels médicaux formés à l’étranger est à présent pratique fréquente pour tenter de compenser la pénurie de compétences, en attendant que la suppression du numerus clausus produisent enfin ses effets.
Les difficultés sont donc multiples et l’enjeu est immense. La santé reste et restera un secteur essentiel pour notre pays.
Dans ce contexte, le recours ponctuel à des expertises externes, capables d’intervenir opérationnellement et rapidement dans des environnements complexes, apparaît de plus en plus comme un levier d’accélération des transformations ou de sécurisation des activités dans des séquences temporelles sensibles.
Chez MAESTRIUM, nous accompagnons tous les acteurs de la santé et du médico-social en mobilisant, selon les enjeux rencontrés et les profils recherchés, des managers de transition expérimentés, rompus bien sûr à ce secteur si particulier et si attachant, et surtout capables d’assurer opérationnellement au pied levé une direction de fonction ou de projet dans des contextes de transformation, de remplacement ou de gestion de crise.
Par Guillaume LOHR, Directeur Associé MAESTRIUM