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Tribune “Être Manager de Transition en 2021 : résignation ou vocation ?” – Par Hervé DUFOORT, Directeur Associé

« L’expérience de chacun est le trésor de tous »
Gérard de Nerval

Vous avez déjà à votre actif une longue carrière faite de succès, de doutes, de rebonds et affichez avec bonheur sur votre CV un parcours émaillé de titres, de termes techniques, de dénominations sociales, de diplômes. Vous parlez Anglais ou Espagnol ou les deux, êtes adeptes du management participatif ou de la méthode agile.

Vous avez enchaîné ces quinze, vingt, vingt-cinq dernières années des postes à responsabilité, encadré des équipes, mené à bien des projets ambitieux, gravi des échelons et conforté vos connaissances professionnelles.

Vous êtes en CDI ou en transition professionnelle, voire patron de votre propre structure.

Certes, vous n’avez pas à rougir de votre parcours : à 40, 50 ou 60 ans vous avez acquis une solide expérience. Pourtant, vous vous sentez insatisfait, entraîné malgré vous vers des horizons moins motivants, pris dans une routine lancinante qui ne semble vous mener nulle part.

Votre décision est prise : vous allez vous remettre en selle et chercher un nouveau job ! Réseaux sociaux, CV dernier cri, petites annonces et chasseurs de tête seront au rendez-vous ! Il faut se remuer et aller de l’avant. Agir, ne pas subir !

Et si vous vous laissiez tenter par le Management de Transition ?

On vous a parlé de ce mode d’expression des talents où l’expérience, le sens du résultat et la créativité font bon ménage. Désireux de mettre à profit vos acquis d’expérience et de quitter votre zone de confort, vous aimeriez bien vous lancer dans cette aventure. Mais est-ce bien raisonnable ?

Avant de franchir le Rubicond, il est nécessaire que vous vous posiez quelques questions autour des thématiques suivantes :

Accepter la transition et l’impermanence :

Un manager de transition a pour vocation de prendre à bras le corps une situation ou un projet d’envergure pendant un temps donné, sans attente de promotion ou de poste pérenne à la clef. Savoir se fondre dans une structure existante, en appréhender la culture, faire bouger les lignes et encadrer les équipes pour ensuite passer le relais…

Un bon manager de transition sait se faire accepter et s’affirmer en un temps record : arrivé au terme de sa mission, il lui faudra s’éclipser à pas de loup et se faire oublier…

Faire preuve d’adaptabilité et de flexibilité :

Une mission dans le Cantal ? Ou dans un CSP à Bucarest ? Dans une usine bretonne ou en plein cœur de la Défense ?

Le manager de transition doit être mobile, c’est sans doute d’ailleurs ce qui caractérise le plus son adhésion au concept, car qui dit transition dit flexibilité, adaptabilité, culture du service rendu.

Le manager de transition doit accepter l’incertitude, les périodes d’intermission et l’attente. Il doit être capable de moduler sa charge de travail, d’adapter le cas échéant son taux de facturation pour une mission motivante, de quitter le confort douillet d’un siège social pour se confronter à l’ébullition d’un site de production délocalisé.

Élaborer une stratégie et disposer de sens tactique :

Côté pile, comme un capitaine en eaux troubles, le manager de transition doit savoir trouver le bon cap et surtout le maintenir contre vents et marées. Capacité d’analyse, esprit de synthèse et compréhension du modèle économique de l’entreprise et de sa stratégie doivent être appréhendés en un tour de main. Sinon, gare aux éclaboussures !

Côté face, le manager de transition se veut son propre maître à bord et saura en tirer satisfactions. Rendez à César…

Pouvoir intégrer, analyser, délivrer :

Réduire le bruit pour améliorer l’image : sa feuille de route en tête le manager de transition doit savoir doser ses efforts et utiliser au mieux son temps. Il lui faudra parfois s’opposer aux habitudes et routines chronophages de son entreprise d’accueil pour aller à l’essentiel et délivrer en temps utile les attendus de sa mission.

Agilité et assertivité sont deux qualités essentielles à la réussite d’une mission.

Savoir emmener les troupes :

Venu de nulle part, le manager de transition doit savoir se positionner en leader naturel en adoptant une posture managériale sans équivoque dès le premier jour. Dépourvu de poids politique, le manager de transition ne peut compter que sur son expérience et sa parfaite connaissance des enjeux de la mission pour réussir à asseoir sa légitimité.

Aller au-delà de son expertise :

Face à une situation complexe, voire inédite, comme la crise sanitaire actuelle, tout décideur voit être mis à mal son mode de raisonnement, basé sur l’expérience, la maîtrise d’une méthode d’analyse, la connaissance fine de l’environnement.

En résulte une perte de repères pouvant conduire à la prise de décisions hâtives marquées par des biais cognitifs. L’excès de confiance y joue une part non négligeable.

Le manager de transition, quant à lui, est sans cesse engagé dans un processus particulier en résolvant des problèmes à partir de connaissances incomplètes. C’est par définition ce type d’analyse qui permet d’aboutir en un temps limité à des conclusions pertinentes.

Dans la chaîne des hiérarchies de l’entreprise, le manager de transition dispose d’un positionnement particulier : parfois membre du COMEX à part entière, il n’a toutefois pas à se soucier de son futur avancement, son objectif étant de se focaliser sur des décisions aux effets immédiats. Dès lors, il doit pouvoir plus aisément s’aventurer au-delà de son domaine d’expertise en s’affirmant comme un véritable cherchant. Face à une situation inconnue, il ne suffit pas de reproduire les expériences passées, il faut être capable d’innover.

Faire preuve d’humilité, de curiosité et de résilience :

Manager expérimenté, productif, mais modeste, le manager de transition doit accepter de ne léguer à l’entreprise que le résultat de ses travaux. Sans tambour ni trompette ! On efface tout et on recommence … dans une autre entreprise.

Alors, vous sentez-vous une âme de manager de transition ou pensez-vous accepter une ou deux missions par défaut, faute de trouver mieux ailleurs ?

Posez-vous les bonnes questions : si vous acceptez l’idée de sortir des sentiers battus et de mettre vos expériences, votre expertise et votre énergie au service de nouveaux projets, si la routine et le carriérisme vous ennuient, alors le management de transition peut être considéré comme une option sérieuse pour vous.

Il s’agit peut-être d’une vraie vocation ? Alors tentez l’expérience !

« Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage ».
Nicolas Boileau

Hervé DUFOORT
Directeur Associé de MAESTRIUM

3 réflexions au sujet de « Tribune “Être Manager de Transition en 2021 : résignation ou vocation ?” – Par Hervé DUFOORT, Directeur Associé »

  1. Bonjour,
    C’est une bonne synthèse du métier.
    J’ajouterai un point, vous savez si vous votre mission a été un succès quand l’équipe que vous avez “entraînée”, continue à vous appeler quelques mois après votre fin de mission.
    Dans une mission, la partie expertise est bien évidemment importante, la partie humaine est, pour moi, primordiale.
    Bien à vous
    Richard

  2. Le Transitioniste : entrée en scène, performance collective, sortie en douceur, laissant une équipe heureuse du travail accompli, des solutions mises en oeuvre, et des résultats palpables. Tout cela dans une ambiance d’épaisseur humaine et de reconnaissance mutuelle. Séduisant !

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